Empiètements liminaires éthiques : réflexion sur nos pratiques professionnelles « L'accompagnement qui blesse à bas bruit »

Lundi 24 août 2026 14h - 16h HETS-Genève, bât.C, salle C005
Soutenance du travail de Bachelor de Jérémy PLANCHEREL, orientation Education sociale (FEE-22), Jeremy LE GUISQUET, orientation Education sociale (FEE-22) et Rafael MONSERRAT FERREIRA, orientation Education sociale (FEE-22).

Ce travail de Bachelor, réalisé sous la forme d’une bande dessinée, s’intéresse aux formes discrètes de violence qui peuvent apparaître dans les pratiques quotidiennes du travail social institutionnel. À partir de nos expériences dans différents contextes d’accompagnement, nous nous sommes questionnés sur l’écart pouvant exister entre les intentions bienveillantes des professionnel·les et les effets réellement produits sur les personnes accompagnées. En effet, certains gestes, paroles ou décisions, pourtant pensés comme nécessaires, protecteurs ou éducatifs, peuvent être vécus comme intrusifs, infantilisants ou contraignants.

Notre réflexion prend notamment appui sur la notion de « douces violences », développée par Christine Schuhl. Celle-ci permet de nommer des pratiques ordinaires, souvent banalisées et réalisées sans intention de nuire, qui peuvent néanmoins porter atteinte à la dignité, à l’intimité ou à l’autonomie des personnes. Nous avons prolongé cette réflexion en développant la notion d’« empiètements liminaires éthiques ». Celle-ci désigne des micro-franchissements relationnels qui se situent dans une zone grise entre accompagnement, protection, contrôle et intrusion. Ces empiètements peuvent être favorisés par les habitudes professionnelles, les contraintes de temps, les règles institutionnelles, la dynamique des équipes ou certaines croyances implicites sur ce qui serait bon pour l’autre.
Pour mieux comprendre ces situations, nous mobilisons différentes approches théoriques et éthiques, notamment le Care, la reconnaissance, les capabilités, la philosophie d’Emmanuel Levinas ainsi que la notion de maltraitance institutionnelle. Ces apports permettent de réfléchir à la place accordée à la parole, aux besoins, aux choix et aux possibilités d’agir des personnes accompagnées. Notre démarche, exploratoire et compréhensive, s’appuie sur nos observations de terrain, sur des entretiens réalisés auprès de professionnel·les du travail social et sur une recherche documentaire.

Le choix de la bande dessinée occupe une place centrale dans ce travail. Elle permet de représenter concrètement des situations relationnelles parfois difficiles à expliquer uniquement par l’écriture. Elle rend visibles les gestes, les regards, les silences, les rapports de pouvoir et les différents points de vue présents dans une même situation. Elle permet également de préserver l’anonymat des personnes et des institutions concernées.
Ce travail ne cherche pas à juger ou à dénoncer les professionnel·les, mais à ouvrir un espace de réflexion sur les pratiques ordinaires. Il vise à renforcer une vigilance éthique attentive aux conséquences parfois involontaires et peu visibles de nos actes, afin de favoriser des accompagnements plus respectueux de la dignité, de l’autonomie et de la singularité de chaque personne.


Ce travail de Bachelor sera présenté devant un jury composé de :

  • Robin DUMUID, Animateur socio-culturel auprès de Pro Senectute à Genève,
  • Pascal BAUMGARTNER, Vacataire auprès de la Haute école de travail social,
  • Simone ROMAGNOLI, Directeur du travail de Bachelor et animateur de la séance.